Le cogito de Descartes

Comment puis-je être certain de quelque chose, si je peux douter de tout ?
Le cogito est la réponse de Descartes à cette question. Il cherche une vérité absolument certaine, qui résiste à tous les doutes possibles.

1. Pourquoi Descartes doute-t-il ?

Descartes, philosophe du XVIIe siècle, cherche à fonder la connaissance sur une base solide. Il veut trouver une vérité qui soit impossible à remettre en question.
Pour cela, il adopte une méthode radicale : le doute méthodique, aussi appelé « doute hyperbolique ».
Il ne s’agit pas de douter pour douter, ni de tomber dans le scepticisme. Descartes ne dit pas : « On ne peut rien savoir. » Il dit plutôt : « Pour trouver une vérité absolument certaine, je vais provisoirement rejeter tout ce qui peut être mis en doute. »
Le doute cartésien est donc un outil : il sert à faire le tri entre les opinions incertaines et les vérités indubitables.

2. Les étapes du doute

a. Le doute sur les sens

Nos sens peuvent nous tromper, c’est un fait.
Descartes utilise un célèbre exemple : un bâton plongé dans l’eau semble brisé, alors qu’il ne l’est pas. Mais les autres exemples sont nombreux : erreurs de perspective, sensations trompeuses… Sans oublier pas cette grande illusion parmi toutes: on voit le Soleil tourner autour de la Terre, alors qu’en réalité c’est l’inverse. Dès lors, puisque les sens nous ont déjà trompés, il faut se méfier d’eux.
Mais ce doute a une limite : même si les sens me trompent parfois, il semble difficile de douter que je sois ici, assis, avec un corps.

b. L’argument du rêve

Descartes va plus loin : comment savoir avec certitude que je ne suis pas en train de rêver ?
Quand je rêve, je crois vivre des situations réelles. Je peux croire que je marche, que je parle, que je vois des objets. Pourtant, au réveil, je comprends que tout cela était illusion.
Donc, même ce que je crois percevoir ici et maintenant pourrait être trompeur.

c. L’hypothèse du malin génie

Descartes imagine enfin une hypothèse extrême : peut-être qu’un « malin génie », très puissant et trompeur, me fait croire à des choses fausses, même lorsque je raisonne.
Cette hypothèse pousse le doute à son maximum. Même les vérités mathématiques, comme « 2 + 3 = 5 », pourraient être mises en doute si mon esprit était manipulé.
Descartes cherche donc une vérité qui résiste même à cette hypothèse extrême.

3. La « découverte » du cogito

Au moment où Descartes doute de tout, il découvre une vérité impossible à nier :
« Je pense, donc je suis. » En latin : Cogito, ergo sum.
Cette phrase signifie que, même si je doute de tout, je ne peux pas douter que je suis en train de douter. Or douter, c’est penser. Et pour penser, il faut bien exister.
Même si un malin génie me trompe, il faut que j’existe pour être trompé. Le cogito peut donc se formuler ainsi :
Je doute.
Douter, c’est penser.
Pour penser, il faut être.
Donc, moi qui pense, j’existe.

4. Que prouve exactement le cogito ?

Le cogito ne prouve pas encore que le monde extérieur existe. Il ne prouve pas non plus que mon corps existe.
Il prouve seulement une chose : j’existe en tant que sujet pensant, je suis une « chose qui pense » (res cogitans en latin)
Descartes découvre donc que la première certitude n’est pas le monde, ni le corps, ni les objets, mais le sujet lui-même : le « je » qui pense.
C’est pourquoi le cogito est une vérité première. Il sert de point de départ à la reconstruction du savoir.

5. Pourquoi le cogito est-il une certitude absolue ?

Le cogito est indubitable parce que le fait même d’en douter le confirme.
Si je dis : « Peut-être que je n’existe pas », je suis encore en train de penser. Et si je pense, j’existe.
Le cogito est donc une vérité performative : son énonciation la confirme. Le fait de la penser suffit à la rendre vraie.
On ne peut pas penser sérieusement : « Je pense, mais je n’existe pas. »

6. L’importance philosophique du cogito

Le cogito est un moment fondateur de la philosophie moderne, et plus généralement du rapport que l’individu moderne entretient avec lui-même.
Avec Descartes, la vérité ne commence plus par l’observation du monde extérieur, mais par la conscience de soi. Le sujet pensant devient le point de départ de la connaissance.
Cela a plusieurs conséquences :
– La conscience devient une donnée fondamentale.
– Le sujet est reconnu comme capable de vérité.
– La philosophie cherche une certitude fondée sur la raison.
– La connaissance doit être reconstruite à partir d’un fondement sûr.
– Le cogito marque donc l’importance nouvelle accordée au sujet, à la pensée et à la conscience.

7. Exemple simple pour comprendre (si nécessaire!)

Imaginons que tout ce que je vois soit une illusion : la salle, les tables, mon cahier, les autres élèves.
Même dans ce cas, il reste une chose certaine : je suis en train de faire l’expérience de cette illusion.
Je peux douter de ce que je vois, mais je ne peux pas douter que je pense quelque chose.
Donc, même si tout est faux autour de moi, il est vrai que moi, qui pense, j’existe.

8. Contresens à éviter

Erreur 1 : croire que Descartes doute de tout définitivement. Non, son doute est méthodique et provisoire. Il sert à trouver une certitude.
Erreur 2 : croire que le cogito prouve l’existence du corps. Non, le cogito prouve seulement l’existence du sujet pensant, de l’esprit donc (d’où le dualisme corps/esprit).
Erreur 3 : croire que « je pense donc je suis » est un raisonnement ordinaire. Ce n’est pas exactement une démonstration classique. C’est une évidence immédiate : dès que je pense, mon existence comme être pensant est certaine. Il s’agit donc d’une intuition ou d’un sentiment, et non d’un raisonnement.
Erreur 4 : croire que Descartes dit que seul lui existe (solipsisme absolu). Non. Il part de la certitude de sa propre existence pour reconstruire ensuite d’autres vérités.

9. Bilan

« Je pense, donc je suis. »
Ou, dans une formulation des Méditations métaphysiques :
« Je suis, j’existe, est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit. »
Cette formulation insiste sur le fait que la certitude du cogito apparaît au moment même où le sujet pense.
 
Le cogito est la première vérité absolument certaine trouvée par Descartes.
Après avoir douté des sens, du monde extérieur, du corps et même des raisonnements mathématiques, Descartes découvre qu’il ne peut pas douter de sa propre existence comme sujet pensant. Même si tout est illusion, il faut bien qu’un sujet existe pour être trompé, pour douter ou pour penser. Ainsi, le cogito fonde la certitude sur la conscience de soi.