Méthode de l’explication de texte
Qu’est-ce qu’expliquer un texte ?
Expliquer un texte philosophique, c’est montrer que l’on a compris :
– la question à laquelle l’auteur cherche à répondre ;
– la thèse qu’il défend ;
– les arguments grâce auxquels il la défend ;
– les notions et distinctions qu’il utilise ;
– la progression de son raisonnement ;
– et, si possible, les difficultés et les enjeux de sa position.
Il ne s’agit donc ni de réciter son cours, ni de donner immédiatement son opinion sur le texte.
La première règle est simple :
Avant de discuter un auteur, il faut d’abord comprendre ce qu’il cherche à montrer et pourquoi il cherche à le montrer.
Votre objectif est en quelque sorte de devenir, pendant quelques pages, l’interprète du raisonnement de l’auteur.
I. Le travail au brouillon
Ne commencez pas à rédiger après une seule lecture.
Un texte philosophique doit être lu plusieurs fois.
étape 1 : première lecture : comprendre globalement le texte
Après une première lecture, essayez simplement de répondre à trois questions :
– De quoi parle ce texte ?
– Quelle idée importante semble-t-il défendre ?
– Quelle difficulté cherche-t-il à résoudre ?
Ne vous inquiétez pas si les réponses sont encore approximatives.
étape 2 : repérer le thème
Le thème est ce dont parle le texte.
Il correspond généralement à une ou plusieurs notions :
la liberté, la vérité, la justice, le bonheur, la conscience, la technique, l’État, le devoir…
Mais « la liberté » ne suffit pas toujours.
Essayez de préciser :
Quel aspect de la liberté ?
Par exemple :
la liberté et le choix ;
la liberté face aux déterminismes ;
la liberté politique ;
la liberté et la responsabilité.
étape 3 : trouver la thèse
La thèse est l’idée principale que l’auteur cherche à faire accepter au lecteur.
Demandez-vous :
Qu’est-ce que l’auteur veut finalement me convaincre d’admettre ?
La thèse ne correspond pas nécessairement à une phrase isolée du texte.
Il faut souvent la reformuler.
Attention :
– le thème est ce dont parle le texte.
– la thèse est ce que l’auteur affirme à propos de ce thème.
Exemple :
Thème : la liberté.
Thèse : être libre ne consiste pas à faire tout ce que l’on désire, mais à être capable de se gouverner soi-même.
II. Cerner le problème
C’est l’une des étapes les plus difficiles, mais aussi l’une des plus importantes.
Une thèse philosophique n’apparaît jamais sans raison.
Demandez-vous :
– Pourquoi l’auteur a-t-il besoin de défendre cette idée ?
– Pourquoi sa thèse n’est-elle pas évidente ?
– À quelle opinion s’oppose-t-il ?
– Que pourrait penser quelqu’un qui ne serait pas d’accord avec lui ?
Une méthode très efficace consiste à chercher deux pôles :
X – la thèse défendue par l’auteur
Ce qu’il cherche à établir.
Y – L’idée qu’il combat ou remet en question
Il peut s’agir :
– d’une opinion commune ;
– d’un préjugé ;
– d’une autre conception philosophique ;
– ou simplement d’une réponse spontanée au problème.
Le problème philosophique apparaît dans la tension entre ces deux réponses.
Par exemple :
Nous pensons spontanément que la liberté consiste à pouvoir faire ce que nous voulons.
Mais l’auteur soutient que nous pouvons être esclaves de nos propres désirs.
Le problème devient alors :
Être libre consiste-t-il à satisfaire ses désirs, ou faut-il au contraire être capable de les maîtriser pour être véritablement libre ?
La problématique n’est donc jamais une simple répétition du texte.
III. Découper le texte : repérer les « moments » du raisonnement
Un texte philosophique est un raisonnement, une argumentation.
Il faut donc retrouver sa progression.
Ne découpez pas mécaniquement le texte en trois morceaux de longueur égale.
Cherchez plutôt :
Que fait l’auteur à chaque moment ?
Par exemple :
– il part d’une opinion courante ;
– il montre qu’elle rencontre une difficulté ;
– il propose une distinction ;
– il en tire une conséquence ;
– il aboutit à sa thèse.
Cherchez les connecteurs logiques :
mais, cependant, donc, car, en effet, puisque, pourtant, ainsi, au contraire, par conséquent, si… alors…
Ils indiquent souvent les articulations du raisonnement.
IV. Un réflexe essentiel : se demander ce que « fait » l’auteur
Évitez vraiment les formulations vagues :
« L’auteur dit que… »
« L’auteur parle de… »
« L’auteur pense que… »
Essayez de comprendre précisément la fonction d’une phrase.
L’auteur peut :
affirmer
constater
définir
distinguer
opposer
supposer
faire une hypothèse
donner un exemple
donner un contre-exemple
justifier
déduire
objecter
réfuter
nuancer
préciser
tirer une conséquence
faire une analogie
raisonner par l’absurde
conclure
Ce vocabulaire permet de montrer que vous avez compris non seulement ce que dit l’auteur, mais aussi ce qu’il est en train de faire lorsqu’il le dit.
V. L’introduction
L’introduction doit donner au lecteur une vision claire du texte avant de commencer l’explication détaillée.
Elle comporte quatre éléments essentiels.
1. Le thème
De quoi est-il question ?
Soyez précis.
2. Le problème
Quelle difficulté philosophique conduit l’auteur à écrire ce texte ?
Faites apparaître si possible l’opposition entre la thèse de l’auteur et une réponse concurrente.
3. la thèse
Quelle réponse l’auteur apporte-t-il à ce problème ?
La thèse doit être formulée aussi clairement et précisément que possible.
4. La structure du raisonnement
Indiquez les principaux « moments » du texte.
Par exemple :
« L’auteur commence par remettre en question…, puis il montre que…, avant d’en déduire finalement que… »
Il est possible d’évoquer brièvement l’intérêt ou les enjeux du texte, mais cela ne doit pas rendre l’introduction artificiellement longue.
Faut-il nécessairement une accroche ? Non.
Une bonne explication peut parfaitement commencer directement par le problème philosophique du texte.
Une accroche n’est intéressante que si elle permet réellement d’éclairer le texte.
VI. Le développement : expliquer le texte pas à pas
L’explication doit suivre la progression du texte.
Mais suivre le texte ne signifie pas le paraphraser.
Vous devez rapidement passer de : « voici ce que dit l’auteur »
à : « voici ce que cela signifie et pourquoi il le dit ».
VII. Comment expliquer une phrase ou une idée?
Vous pouvez utiliser une méthode très simple :
CITER → REFORMULER → ANALYSER → JUSTIFIER → ILLUSTRER → RELIER
1. Citer
Appuyez-vous sur quelques mots précis du texte.
Évitez de recopier des phrases entières lorsque quelques mots suffisent.
2. Reformuler
Dites avec vos propres mots ce que signifie le passage.
Utilisez les marqueurs d’explication :
« autrement dit… »
« en d’autres termes… »
« cela signifie que… »
« c’est-à-dire… »
Mais attention : reformuler n’est que le début de l’explication.
3. Analyser
Interrogez les notions importantes.
Demandez-vous :
Que signifie exactement ce concept ici ?
Avec quel autre concept ne faut-il pas le confondre ?
À quoi l’auteur l’oppose-t-il ?
Par exemple :
liberté / licence ;
conviction / connaissance ;
plaisir / bonheur ;
force / droit ;
désir / volonté ;
égalité / équité.
Une distinction conceptuelle bien expliquée apporte beaucoup de valeur philosophique à votre copie.
4. Justifier
C’est souvent l’étape oubliée.
Demandez-vous :
Pourquoi l’auteur peut-il affirmer cela ?
Quel raisonnement permet de passer de l’idée précédente à celle-ci ?
Par exemple :
« Pourquoi l’auteur affirme-t-il que nos désirs peuvent nous rendre esclaves ? »
Vous devez alors reconstruire son raisonnement :
si nous sommes incapables de résister à un désir, notre conduite est déterminée par celui-ci ; or être libre suppose une certaine maîtrise de soi ; suivre tous ses désirs ne garantit donc pas la liberté.
Vous ne répétez plus le texte : vous rendez son raisonnement visible.
5. Illustrer
Un exemple peut rendre l’idée plus claire. Il peut venir :
– de la vie quotidienne ;
– de l’histoire ;
– des sciences ;
– de la littérature ;
– du cinéma ;
– ou être inventé sous la forme d’une expérience de pensée.
Mais l’exemple doit rester au service du texte.
Ne transformez jamais l’explication en récit d’exemples.
6. Relier
Expliquez le rôle de cette idée dans l’ensemble du raisonnement.
Demandez-vous :
Pourquoi cette idée apparaît-elle ici ?
Que permet-elle d’établir ?
Comment prépare-t-elle la suite ?
C’est ce qui permet de faire comprendre la véritable structure argumentative du texte.
VIII. Expliciter ce que le texte ne dit pas complètement
Une bonne explication développe souvent ce qui est seulement implicite.
L’auteur peut considérer comme évident un raisonnement qu’il n’explicite pas complètement.
C’est à vous de le reconstruire.
Demandez-vous :
– Qu’est-ce que l’auteur suppose ici ?
– Quelle étape du raisonnement n’est pas formulée ?
– Qu’est-ce qui doit être admis pour que son argument fonctionne ?
Il peut également être utile de faire apparaître un présupposé.
Attention cependant : découvrir un présupposé ne signifie pas immédiatement accuser l’auteur d’erreur.
Il faut d’abord expliquer son rôle.
IX. Que faire lorsqu’un passage est difficile?
Ne faites jamais comme s’il n’existait pas.
Si une expression paraît ambiguë, vous pouvez écrire :
« Cette formule peut d’abord sembler ambiguë… »
« Deux interprétations semblent ici possibles… »
« Il faut probablement comprendre cette expression au sens de… »
Puis justifiez votre interprétation grâce au reste du texte.
Reconnaître une difficulté et chercher à la résoudre est beaucoup plus philosophique (et valorisant) que de contourner silencieusement le passage.
X. Faut-il discuter ou critiquer l’auteur?
Oui, éventuellement, mais après l’avoir expliqué.
Le but principal de l’exercice reste la compréhension précise du texte.
La discussion philosophique peut cependant enrichir l’explication lorsqu’elle permet de faire apparaître :
– une difficulté ;
– une objection possible ;
– une limite ;
– un présupposé contestable ;
– une autre conception philosophique.
Mais attention à la « critique facile ».
Évitez : « Je ne suis pas d’accord avec l’auteur. »
Préférez : « On pourrait cependant objecter que… »
Puis expliquez précisément l’objection.
Une référence à un autre philosophe peut également permettre de faire apparaître un désaccord :
« Cette conception s’oppose par exemple à celle de… »
Mais une référence n’a d’intérêt que si elle éclaire réellement le texte.
XI. Les connaissances philosophiques
Votre cours doit vous aider à mieux expliquer le texte.
Mais le texte reste toujours prioritaire.
Une référence philosophique peut permettre :
– de définir une notion ;
– d’éclairer un raisonnement ;
– de préciser un enjeu ;
– de comparer deux conceptions ;
– de discuter une difficulté.
Mais évitez absolument de transformer l’explication en récitation de cours.
La règle est simple :
Ce n’est pas au texte de servir vos connaissances ; ce sont vos connaissances qui doivent servir le texte.
XII. La conclusion
La conclusion doit rester relativement brève.
Elle comporte essentiellement deux éléments:
– le bilan : rappelez le problème du texte et la manière dont le raisonnement de l’auteur permet d’y répondre.
– l’intérêt philosophique : vous pouvez éventuellement faire apparaître ce que le texte nous oblige finalement à comprendre ou à remettre en question.
Il n’est pas nécessaire d’ajouter une « ouverture » artificielle.
XIII. Les principales erreurs à éviter
– La paraphrase
Vous remplacez simplement les mots de l’auteur par des synonymes.
Ce n’est pas encore expliquer.
Il faut toujours demander :
Pourquoi ?
Qu’est-ce que cela signifie précisément ?
Quel rôle cette idée joue-t-elle dans le raisonnement ?
– La récitation de cours
« Le texte parle de liberté ; je raconte donc tout mon cours sur la liberté. »
Non.
Votre cours doit seulement vous aider à mieux comprendre le texte.
– Le commentaire ligne par ligne sans vision d’ensemble
Un texte forme un raisonnement.
Il faut donc expliquer les phrases, mais aussi montrer comment elles s’enchaînent.
– La critique prématurée
Ne cherchez pas immédiatement à montrer que l’auteur a tort.
Une objection mal informée révèle souvent que le texte n’a pas été compris.
– Les citations trop longues
Citez quelques mots bien choisis puis expliquez-les.
Une citation ne constitue jamais une explication.
– L’impasse
N’ignorez pas silencieusement un passage difficile.
Même une tentative d’interprétation prudente est préférable à l’absence totale d’explication.
XIV. La question à se poser à chaque paragraphe
Pour chaque passage important, demandez-vous :
1. Que dit l’auteur ?
2. Que signifie exactement ce qu’il dit ?
3. Pourquoi le dit-il ?
4. Comment peut-il le justifier ?
5. Que fait-il ici : définit-il, distingue-t-il, objecte-t-il, déduit-il… ?
6. Quel rôle cette idée joue-t-elle dans son raisonnement ?
Si vous savez répondre à ces six questions, vous êtes réellement en train d’expliquer le texte.
En bref… Une méthode simple pour le bac
Au brouillon :
1. THÈME : de quoi parle le texte ?
2. THÈSE : que veut-il me faire comprendre ?
3. PROBLÈME : pourquoi cette thèse n’est-elle pas évidente ?
4. ADVERSAIRE : quelle idée ou opinion l’auteur combat-il ?
5. MOMENTS : comment son raisonnement progresse-t-il ?
6. CONCEPTS : Quels termes dois-je absolument expliquer ?
7. ARGUMENTS : pourquoi chaque étape du raisonnement est-elle nécessaire ?
Vous pouvez retenir cette formule :
THÈME → PROBLÈME → THÈSE → ARGUMENTS → ENJEUX
Et pour chaque passage :
CITER → REFORMULER → ANALYSER → JUSTIFIER → RELIER
La règle d’or
Une bonne explication ne doit pas seulement permettre au correcteur de constater que :
« l’élève a compris ce que dit l’auteur ».
Elle doit progressivement lui faire penser :
« l’élève comprend pourquoi l’auteur le dit, comment il le démontre et ce que cela change dans notre manière de penser le problème ».
C’est à ce moment que l’explication devient véritablement philosophique.