le temps

1. Définition générale

Le temps désigne à la fois :
– ce dans quoi les événements se succèdent ;
– ce que l’on mesure par les heures, les jours, les années ;
– l’expérience que nous faisons du passé, du présent et de l’avenir.

Le temps semble évident, puisque toute notre vie s’y déroule. Pourtant, en philosophie, il pose de nombreuses questions :
– Le temps existe-t-il indépendamment de nous ?
– Le présent est-il la seule réalité ?
– Le temps est-il une réalité objective ou une manière humaine de percevoir le monde ?
– Le temps nous libère-t-il ou nous enferme-t-il ?
– Peut-on échapper au temps ?

2. Pourquoi le temps est-il un problème philosophique?

Le temps paraît simple, mais il est difficile à définir.
Problème 1 : le temps passe, mais qu’est-ce qui passe exactement ?
On dit que le temps “s’écoule”, mais on ne peut ni le voir ni le toucher. On ne perçoit directement que des changements.
Problème 2 : seul le présent semble exister
– Le passé n’est plus.
– Le futur n’est pas encore.
– Le présent lui-même disparaît aussitôt.
Alors comment le temps peut-il être réel si ses dimensions semblent insaisissables ?
Problème 3 : temps vécu / temps mesuré
Il y a une différence entre :
– le temps objectif, celui de l’horloge ;
– le temps subjectif, celui que nous ressentons.
Une heure d’attente paraît longue ; une heure de bonheur paraît brève.

3. Distinction essentielle

a. le temps objectif

C’est le temps mesurable, commun à tous, utilisé par la science et la vie sociale.
Exemples :
– les minutes, les heures, les calendriers ;
– la chronologie historique ;
– le temps physique.
Ce temps est homogène, divisible, quantifiable.

b. le temps subjectif

C’est le temps tel qu’il est vécu par la conscience.
Exemples :
– l’ennui allonge le temps ;
– l’action ou la joie le font paraître plus court ;
– le souvenir et l’attente modifient notre rapport au présent.

4. Les grandes références sur le temps

A. Le temps est-il dans les choses ou dans la conscience ? (Augustin)

Saint Augustin montre que le temps est difficile à définir :
« Si personne ne me le demande, je le sais ; si on me le demande, je ne le sais plus. »
Son idée essentielle :
– le passé n’existe plus ;
– le futur n’existe pas encore ;
– seul le présent semble exister.
Mais même le présent est fuyant. Augustin en conclut que le temps est lié à l’âme, à la conscience :
– le passé existe comme souvenir ;
– le futur existe comme attente ;
– le présent existe comme attention.
thèse à retenir
Le temps n’est donc pas seulement une réalité extérieure : il est aussi une expérience intérieure.

B. Le temps est-il la marque du changement ? (Aristote)

Pour Aristote, le temps est lié au mouvement et au changement. Il le définit comme le nombre du mouvement selon l’avant et l’après.
Cela signifie :
– nous percevons le temps à travers les changements ;
– sans changement, le temps serait impensable ;
– le temps suppose aussi une conscience capable de compter, de distinguer l’avant et l’après.
thèse à retenir
Le temps est inséparable du devenir : tout change, rien ne demeure identique.

C. Le temps est-il une forme de notre esprit ? (Kant)

Pour Kant, le temps n’est pas une chose en soi, existant indépendamment de nous comme un objet. C’est une forme a priori de la sensibilité.
Cela signifie :
– nous ne percevons jamais les choses hors du temps ;
– le temps est une structure de notre manière humaine de percevoir ;
– il organise toutes nos expériences.
thèse à retenir
Le temps n’est pas appris par l’expérience : il rend l’expérience possible.

D. Le temps vécu peut-il être réduit au temps mesuré ? (Bergson)

Bergson distingue fortement :
– le temps scientifique, mesuré, découpé, spatialisé ;
– la durée, qui est le temps réellement vécu par la conscience.
La durée est :
– continue ;
– qualitative ;
-intérieure ;
– impossible à découper en instants séparés sans la déformer.
Exemple : quand nous vivons un souvenir, une émotion, une attente, nous ne vivons pas une suite de points séparés, mais une continuité.
thèse à retenir
Le vrai temps humain est la durée vécue, et non le temps abstrait de l’horloge.

E. Le temps est-il une force de destruction ? (Heidegger)

Le temps est souvent vécu comme ce qui use, détruit, efface :
– il mène à la vieillesse ;
– il transforme les choses ;
– il rappelle la mort.
D’où une angoisse fondamentale : être un être temporel, c’est être un être fini.
Heidegger montre que l’existence humaine est profondément temporelle. L’homme se projette vers l’avenir, agit dans le présent, hérite d’un passé. Mais surtout, il sait qu’il va mourir.
La conscience de la mort donne à l’existence son sérieux.
thèse à retenir
Le temps révèle la finitude humaine : nous ne sommes pas éternels.

F. Peut-on échapper au temps ?

Plusieurs réponses philosophiques sont possibles :
– par la mémoire: le souvenir semble sauver le passé de la disparition.
– par l’art: une œuvre peut donner une impression de permanence, arracher quelque chose au temps.
– par l’action: agir, c’est transformer le temps en histoire, en projet, en construction.
– par la sagesse: certaines philosophies invitent à habiter pleinement le présent au lieu de regretter le passé ou de craindre l’avenir.

5. Notions et idées à maîtriser

Le passé: ce qui a été. Il n’existe plus directement, mais subsiste dans la mémoire, les traces, l’histoire.
Le présent: l’instant actuel. Il semble être la seule réalité immédiate, mais il est insaisissable car il disparaît aussitôt.
Le futur / l’avenir: ce qui n’est pas encore. Il est objet d’attente, d’espoir, de crainte, de projet.
La durée: chez Bergson, temps vécu comme continuité qualitative.
La succession: ordre dans lequel les événements se suivent.
Le devenir: transformation continue de ce qui est.
La mémoire: faculté par laquelle le passé est conservé dans la conscience.
La finitude: condition d’un être limité dans le temps, voué à la mort.

– Le temps n’est pas seulement ce que mesure l’horloge.
– Le temps peut être pensé comme une réalité objective, mais aussi comme une expérience subjective.
– Le passé, le présent et le futur n’ont pas le même mode d’existence.
– Le temps est lié au changement, au mouvement, au devenir.
– La conscience humaine vit le temps de manière intérieure et qualitative.
– Le temps révèle la fragilité et la finitude de l’existence humaine.

Le temps n’est pas seulement un cadre extérieur dans lequel la vie se déroule. Il est aussi une expérience intime de la conscience. Tantôt mesuré, tantôt vécu, tantôt subi, tantôt pensé comme condition de toute expérience, il révèle que l’homme est un être de mémoire, de projet et de finitude.

Exemples utiles pour une copie
– L’attente d’un rendez-vous paraît longue, alors qu’un moment heureux paraît très court.
– Une photographie conserve une trace du passé, mais ne restitue pas le passé lui-même.
– L’horloge mesure un temps uniforme, alors que notre conscience vit un temps irrégulier.
– La vieillesse montre que le temps est aussi transformation du corps.
– Le projet montre que l’homme ne vit pas seulement dans le présent : il se tourne vers l’avenir.

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