la liberté

le libre arbitre – minicours (2 feuilles)

L’essentiel sur la liberté…

La liberté désigne d’abord la capacité de faire des choix et d’agir par soi-même. Être libre, c’est ne pas subir entièrement une contrainte extérieure, mais pouvoir décider de ses actes. En philosophie, la notion est plus complexe qu’il n’y paraît : il ne suffit pas de faire ce que l’on veut pour être libre, car encore faut-il savoir si ce que l’on veut dépend vraiment de nous. La réflexion philosophique sur la liberté conduit donc à interroger à la fois notre pouvoir d’agir, notre volonté et les limites qui pèsent sur nous.

l’absence de contraintes

Dans un premier sens, la liberté peut être comprise comme absence de contrainte. On se sent libre lorsque rien ni personne ne nous empêche d’agir. Cette conception est importante sur le plan politique et juridique : un individu libre est un individu qui n’est pas soumis arbitrairement à la domination d’un autre. La liberté suppose alors des droits, comme la liberté d’expression, de conscience ou de circulation. Mais cette première définition reste insuffisante. En effet, on peut être extérieurement libre sans être intérieurement maître de soi. Quelqu’un qui suit aveuglément ses passions ou ses habitudes fait peut-être ce qu’il veut, sans pour autant être véritablement libre.

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Jean-Jacques Rousseau

liberté et désirs

C’est pourquoi la philosophie distingue souvent la liberté de la simple satisfaction des désirs. Faire tout ce que l’on désire n’est pas forcément être libre, car nos désirs peuvent eux-mêmes nous dominer. Être libre, ce n’est donc pas seulement obéir à ses envies immédiates, mais être capable de réfléchir, de choisir et de se gouverner soi-même. Chez Platon déjà, l’homme dominé par ses passions n’est pas libre : il est esclave de lui-même. La vraie liberté exige une maîtrise de soi et un gouvernement de l’âme par la raison.

l’autonomie

La liberté peut alors être pensée comme autonomie, c’est-à-dire comme capacité à se donner à soi-même sa propre loi. Cette idée est centrale chez Kant. Pour lui, être libre ne signifie pas agir au hasard ou selon ses inclinations, mais agir selon une loi que la raison reconnaît comme valable universellement. La liberté est donc liée à la morale : je suis libre lorsque j’agis par devoir, et non simplement sous l’effet de mes désirs. Paradoxalement, obéir à la raison n’est pas une soumission, mais une forme supérieure de liberté, puisque je n’obéis alors qu’à une loi que je me donne à moi-même en tant qu’être raisonnable.

le problème du déterminisme

Cependant, la question de la liberté se heurte à celle du déterminisme. Sommes-nous vraiment libres, ou bien nos actes sont-ils déterminés par des causes que nous ne maîtrisons pas ? Nos choix dépendent de notre éducation, de notre caractère, de notre milieu social, de notre histoire personnelle, voire de mécanismes inconscients. Dans cette perspective, la liberté semble remise en cause. Spinoza critique l’idée d’un libre arbitre absolu : selon lui, les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions, mais ignorants des causes qui les déterminent. Ainsi, nous avons souvent l’illusion d’être libres alors que nous ne comprenons pas ce qui nous fait agir.

« Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent. » Spinoza

Faut-il alors renoncer à toute liberté ? Pas nécessairement. Chez Spinoza, la liberté ne consiste pas à échapper à toutes les causes, ce qui serait impossible, mais à comprendre les causes qui nous déterminent. Plus je comprends ce qui m’affecte, moins je subis passivement mes passions, et plus je deviens actif. La liberté n’est donc plus indépendance absolue, mais puissance de compréhension et de lucidité. Elle ne consiste pas à être sans cause, mais à agir en connaissance de cause.

le poids de la liberté

La question de la liberté prend aussi une dimension existentielle chez Sartre. Pour lui, l’homme est radicalement libre, parce qu’il n’est pas défini à l’avance par une nature fixe. Il doit se choisir par ses actes, et il est responsable de ce qu’il devient. Cette liberté est angoissante, car elle signifie que nous ne pouvons pas nous réfugier derrière une excuse toute faite ou une essence prédéterminée (la « mauvaise foi » selon Sartre). L’homme est « condamné à être libre » : il ne peut pas ne pas choisir. Même refuser de décider est encore une manière de choisir.

Bilan

La liberté est la capacité d’agir par soi-même, mais elle ne se réduit pas à l’absence de contrainte ni à la satisfaction des désirs. Elle suppose souvent la maîtrise de soi, l’usage de la raison, l’autonomie morale, la lucidité face aux déterminismes ou encore la responsabilité de se choisir soi-même. La réflexion philosophique sur la liberté montre qu’être libre ne signifie pas simplement faire ce que l’on veut, mais réfléchir à ce qui nous fait vouloir, aux déterminismes qui pèsent sur nous et à la manière dont nous pouvons devenir les véritables auteurs de nos actes – et de notre vie!

références incontournables

Platon : l’homme dominé par ses passions n’est pas vraiment libre.
Kant : la liberté est autonomie, c’est-à-dire obéissance à la loi que la raison se donne à elle-même.
Spinoza : le libre arbitre absolu est une illusion ; la vraie liberté passe par la compréhension des causes.
Sartre : l’homme est condamné à être libre et entièrement responsable de ses choix.