
chapitre 6
Avons-nous des devoirs envers la nature?
notions d’éthique environnementale
notions abordées: la nature, le devoir
DC à maîtriser: fin/moyen ; valeur intrinsèque/valeur instrumentale
Quelques rappels pour commencer…
Le terme polysémique de « nature » peut désigner :
1- l’univers dans sa totalité, c’est-à-dire l’infinité des choses qui existent dans le temps et dans l’espace, régies par les « lois de la nature ».
2- l’environnement, c’est-à-dire l’ensemble des éléments physiques et organiques qui servent de cadre à l’existence des êtres vivants. En particulier, la nature désigne l’environnement non artificiel, qui n’a pas encore été transformé par l’homme. DC : naturel / artificiel
3- l’essence d’un être, soit l’ensemble des propriétés qui le définissent. Par exemple, il est dans la nature d’un triangle d’avoir trois côté, sinon ce n’est pas un triangle. Ces propriétés sont donc dites essentielles, par opposition à aux propriétés accidentelles (par exemple le fait d’être rectangle ou isocèle pour notre triangle). DC : essentiel / accidentel
4- Plus précisément, sur un plan biologique, la nature renvoie à l’ensemble des propriétés « innées » d’un un être vivant. Ainsi il est naturel pour l’araignée de tisser des toiles, puisque c’est pour elle une activité instinctive, dont elle dispose depuis la naissance. On a alors coutume de distinguer la nature de la culture, qui renvoie à l’ensemble des propriétés acquises par un être vivant (appris et inventé au cours de son existence). DC : naturel / culturel ; inné / acquis
C’est le sens 2 qui va principalement nous intéresser dans ce chapitre.
Ensuite, nous avons vu au chapitre précédent que les devoirs peuvent être de différents types : moraux, légaux, professionnels, familiaux et sociaux… mais ce qui relie ces différentes sortes de devoirs, c’est qu’il s’agit d’obligations exigeant de nous certains sacrifices. Le devoir est un impératif qui s’oppose bien souvent à la satisfaction de mes désirs immédiats. On s’intéressera ici en particulier aux devoirs moraux et légaux.
Introduction
cadrage: l’enjeu écologique contemporain
Il pourrait sembler évident que nous « devons » quelque chose à la nature puisque sans elle nous n’existerions pas! Elle est l’environnement qui a permis à notre espèce de se développer et dans lequel elle peut vivre et s’épanouir, nous recevons d’elle tous les bienfaits indispensables à notre survie, à commencer par l’air et l’eau. Nous lui sommes tellement redevables que nous pourrions sans difficulté ressentir un devoir moral envers elle, de préservation et de respect, et pourquoi pas vouloir lui vouer un culte. Mais qu’en est-il de cette reconnaissance dans les faits? Loin de lui faire des offrandes, l’homme occidental, « maître des machines » (expression de Lévi-Strauss) en est venu à l’exploiter sans limites, tel un simple moyen à disposition, au risque de la détruire, et l’on ne voit pas vraiment les humains sacrifier leur confort, leurs intérêts économiques de travailleurs et de consommateurs aux devoirs qu’ils auraient envers notre environnement… C’est que la situation d’homo sapiens au sein de la nature est unique: libéré du règne de l’instinct et de la vie sauvage, il a inventé des formes de vie et des cultures complexes, développé des sciences et des techniques de plus en plus performantes, apparaissant en cela « supérieur à la nature », au point de s’arroger orgueilleusement le droit de la dominer pour en tirer profit, au risque de l’excès, de l’hubris prométhéenne!
L’enjeu est désormais crucial en ces temps de crise écologique majeure, qui voit la nature se dégrader à grands pas et les espèces s’éteindre en masse. Que faut-il penser du progrès technologique qui incite les consommateurs à utiliser sans cesse de nouveaux appareils électroniques, dont la production et l’usage nécessitent de plus en plus d’énergie et entrainent une altération irréversible de l’atmosphère et des sols? Que penser du modèle global de société consumériste qui occasionne un incessant transport de marchandises aussi mondialisé que polluant?
problématique
Est-il raisonnable de continuer à se développer dans la seule perspective de croissance économique ou faut-il définitivement repenser notre modèle de civilisation à l’aune de nouveaux idéaux ancrés dans le respect de la nature? Et peut-on, à l’instar de certains courants écologistes radicaux, considérer cette exploitation sans borne comme une forme de viol, celui de notre « Terre-Mère » ? L’humain a-t-il vraiment tous les droits sur la nature ou bien a-t-il désormais le devoir impératif de se restreindre et de réviser son idéal de bonheur matérialiste? A qui de décider? A qui de prendre en charge cette responsabilité?
La question de nos devoirs envers la nature interroge ainsi le fondement même de notre rapport au monde naturel. Traditionnellement, la philosophie morale occidentale s’est concentrée sur les rapports entre êtres humains: les notions morales de droit, de devoir ou de respect concernent les rapports entre des personnes. Or ce qui constitue la nature, les animaux, les plantes, les écosystèmes ne sont pas des « personnes » au sens classique et ne semblent a priori pas pouvoir être l’objet de devoirs moraux. Mais face à la crise écologique contemporaine, une question nouvelle émerge : pouvons-nous avoir des obligations morales envers des êtres non-humains, voire envers des écosystèmes ou la nature dans son ensemble?
Cette interrogation nous confronte à plusieurs difficultés philosophiques majeures :
– Peut-on avoir des devoirs envers des êtres qui ne sont pas des personnes morales?
– La nature a-t-elle une valeur intrinsèque ou seulement instrumentale?
– Quels sont les critères de la considération morale?
1. La position anthropocentriste: la nature considérée comme simple moyen
1.1. La nature comme domaine à exploiter – référence: Descartes
Dans le Discours de la méthode (1637), René Descartes formule sa fameuse invitation à « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », signifiant par là que, par la connaissance que nous avons de la nature et des lois qui la gouvernent, nous allons pouvoir en tirer le plus grand profit pour le bien-être de l’humanité, en particulier concernant la santé. Si ce projet semble tout à fait raisonnable et humaniste dans sa première intention, c’est un fait que pour la civilisation occidentale moderne, la nature en est venue à être majoritairement conçue comme un ensemble de ressources destiné à satisfaire non seulement les besoins humains, mais aussi toutes sortes de désirs (aspirations au confort, quête du plaisir…).
Il y a derrière cette idéologie une vision mécaniste de la nature propre au XVIIème siècle, qui tend à réduire celle-ci à de la matière inerte soumise au déterminisme causal, sans valeur morale propre; vision renforcée par les progrès des technosciences modernes qui permettent non seulement d’expliquer et de prévoir les phénomènes naturels, mais aussi d’exploiter et de transformer la nature.
La conséquence éthique est que la nature n’a pas de valeur en soi ; elle n’est qu’un instrument à notre service.
1.2. Les droits et les devoirs concernent uniquement l’humanité – référence majeure: Kant
1.2.1. La rationalité comme critère moral
L’anthropocentrisme se fonde ensuite sur la philosophie morale occidentale, en particulier celle de Kant et l’affirmation que seuls les êtres humains ont une valeur morale intrinsèque, également appelée dignité. Ceci en vertu du fait qu’ils sont les seuls êtres rationnels et autonomes capables de reconnaître en eux la loi morale et les devoirs qui s’en suivent. Et qu’à ce titre ils doivent être considérés comme des fins en soi.
Les animaux et la nature, dépourvu de cette rationalité, n’ont ni devoirs ni droits et ne peuvent par conséquent être considérées moralement comme des personnes, ce ne sont que des moyens, des « choses » à notre disposition, et nous ne leur devons rien. DC: fin/moyen ; personne/chose
1.2.2. Des devoirs indirects envers la nature
La position de Kant n’est toutefois pas à prendre comme un appel à l’exploitation aveugle de la nature, loin de là! Si nous n’avons pas de devoirs directs envers la nature, nous avons toutefois des devoirs indirects qui visent l’humanité au final. Ainsi les destructions superflues de la nature sont condamnables parce qu’elles vont contre notre propre intérêt et notre propre conservation; dégrader la beauté des espaces sauvages, c’est aussi nous enlever une source de satisfaction désintéressée, donc de vertu. Nous devons également nous abstenir de toute cruauté envers les animaux parce que celle-ci rend les humains insensibles, déprave leur moralité et les prédispose à la violence envers les humains eux-mêmes. Autrement dit, nous n’avons pas selon Kant de devoirs envers la nature, mais des devoirs à propos de la nature.
1.3. Le souci des générations futures – référence: Hans Jonas
Dans la lignée de Kant, on peut continuer à défendre un anthropocentrisme modéré, selon lequel nous devons protéger la nature pour le bien de nos descendants et la survie des futures générations humaines, idée défendue notamment par Hans Jonas dans son ouvrage Le principe responsabilité (1979) déjà évoqué au chapitre 2.
Partant du constat de la puissance de la technologie humaine et des effets globaux et irréversibles de nos actions sur la nature, la morale traditionnelle centrée sur les rapports entre personnes semble désormais insuffisante, et doit être étendue au rapport entre générations selon Jonas. C’est pourquoi il propose de de formuler un nouvel impératif catégorique inspiré de Kant:
« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. »
La nature devient ainsi le support fragile de toute moralité future.
On précisera que pour Jonas, cet impératif s’accompagne d’une invitation a considérer désormais la nature somme une « fin en soi », et non plus comme un simple moyen, en rupture donc avec l’anthropocentrisme moral de Kant. Cette reconnaissance d’une valeur intrinsèque sera par la suite centrale dans l’éthique contemporaine de l’environnement et les courants de l’écologie radicale.
2. L’extension de la sphère de la moralité: de l’anthropocentrisme au biocentrisme
2.1. La sensibilité comme critère moral – référence: J.Bentham
« La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais bien : peuvent-ils souffrir ? » C’est par cette question que Jeremy Bentham, fondateur du courant de l’utilitarisme, nous invite à repenser nos lignes de démarcation entre les humains et les autres être vivants. A contre-courant de l’anthropocentrisme moral, ce n’est plus la raison ou le langage mais la sensibilité qui selon Bentham doit être le critère par lequel sont attribués les droits moraux, et plus particulièrement la capacité à ressentir du plaisir et de la souffrance. Ce critère conduirait à faire cesser toutes les formes de domination par lesquelles l’homme prive les animaux de la joie d’exister, en particulier l’élevage industriel. Tous les animaux sensibles devraient faire l’objet du même respect que les êtres humains puisque ils ont en commun avec nous la capacité de souffrir. C’est l’idée défendue de nos jours par le philosophe utilitariste australien Peter Singer qui, dans La libération animale (1975) défend une position antispéciste qui met sur le même plan les humains et les animaux dans leur capacité à ressentir du plaisir et de la peine. Peu importe que ces animaux n’aient pas eux-mêmes des devoirs, nous en avons envers eux et nous devons peser nos modes de vie et de consommation pour que leurs conséquences n’augmentent pas leurs peines (sauf en cas de nécessité absolue pour notre espèce).
2.2. Repenser la réciprocité morale
2.2.1. Un devoir implique-t-il nécessairement un droit?
On peut à bon droit supposer qu’un devoir suppose un droit corrélatif: si je « dois », par exemple, respecter mon semblable, cela implique qu’il a le « droit » à mon respect. Or peut-on accorder un droit à un lion si celui-ci n’est capable ni de le concevoir ni de le revendiquer, faute de posséder une intelligence humaine? Cela semble absurde, du moins dans l’esprit d’un anthropocentriste convaincu! Et de manière générale, on attend généralement une reconnaissance réciproque des droits et devoirs de chacun: si je te dois le respect ou une forme d’assistance, je peux attendre de toi que tu en fasses autant. C’est justement ce lien indissociable entre droits et devoirs que les utilitaristes remettent en question, du moins en ce qui concerne les animaux…
2.2.2. « l’argument des cas marginaux » – référence: Peter Singer
Afin de briser ce lien, Peter Singer, également militant de la cause animale, avance un argument célèbre, celui des « cas marginaux ». Refuser des droits aux animaux au motif qu’ils sont dépourvus de raison n’est pas convaincant selon lui, car il existe au sein de l’espèce humain de nombreux « cas marginaux » (nourrissons, handicapés mentaux) dont la raison est absente, peu développée ou altérée ; si bien que peu de choses semblent les distinguer des animaux sur le plan cognitif.
Si l’on refusait d’accorder des droits aux animaux au motif qu’ils sont dépourvus de raison, alors il faudrait les refuser aussi à ces cas marginaux humains, et l’on serait autorisé à se livrer sur eux à des expériences, à en faire commerce ou même à les manger ! Or les cas marginaux sont justement des exemples de personnes à qui nous reconnaissons des droits même si nous n’exigeons pas d’elles qu’elles respectent des devoirs, ni même qu’elles aient conscience de ce statut moral qui leur est accordé. Un nourrisson par exemple, qui assomme quelqu’un en faisant tomber un vase du troisième étage, ne sera pas tenu pour moralement responsable. De même qu’une personne dans le coma n’a pas le devoir d’assister son infirmière si celle-ci fait un malaise. Il semble ainsi difficile voire incohérent de faire dépendre la valeur morale d’un sujet de ses capacités cognitives et de son intelligence, et partir du principe que les êtres vivants n’ont pas besoin d’être moralement responsables pour que nous leur reconnaissions des droits et le respect moral en général. En résumé, il semble raisonnable de dissocier les droits et les devoirs moraux.
2.3. Les animaux comme « sujets d’une vie » – référence: Tom Regan
Par delà la question des droits, nos connaissances accrues du monde animal nous ont sensibilisés à la valeur propre d’une vie non-humaine. Peu importe ici ce que les animaux ne sont pas (par rapport à nous), c’est ce qu’ils sont qui doit nous faire réfléchir à ce que nous leur devons. Le philosophe américain Tom Regan (1938-2017), théoricien majeur du droit des animaux, nous invite ainsi à comprendre que bon nombre d’animaux sont, tout comme nous, les « sujets-d’une-vie » : ils possèdent des représentations mentales, des croyances, des désirs, il ont une mémoire et bien sûr des émotions… Et, plus généralement, ils ont un intérêt à vivre, orienté comme nous par la recherche du bien-être et une forme d’épanouissement (dont il n’est que trop peu tenu compte dans la manière dont les humains les exploitent, voire pas du tout dans l’industrie animalière).
3. La nature comme valeur intrinsèque: vers un écocentrisme
3.1. L’éthique de la Terre (land ethic) selon Aldo Leopold
Aldo Leopold (1887-1948) est un forestier et écologue précurseur de la défense de l’environnement et des espaces naturels, notamment par son ouvrage fondateur, l’Almanach d’un comté des sables publié en 1949, qui propose une révolution morale : nous devons étendre notre communauté morale au sol, à l’eau, aux plantes et aux animaux, c’est-à-dire à la Terre elle-même. Ce n’est pas juste une idée politique ou économique : c’est une reconversion éthique complète du rapport de l’humain au monde naturel.
Pour Leopold, la Terre n’est pas une ressource à exploiter mais une communauté vivante et interconnectée dans laquelle l’humain est simplement un membre parmi d’autres. C’est une vision holistique de l’écosystème : tous les éléments (sol, eau, végétaux, animaux) sont interdépendants.
Il affirme ainsi un principe de justice écologique selon lequel « Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. » Cette définition replace la morale écologique au-delà des seules préoccupations économiques ou utilitaristes : le critère n’est plus l’intérêt humain immédiat mais le bien-être du tout vivant.
3.2. Arne Naess et « l’écologie profonde »
L’écocentrisme constitue la rupture la plus radicale avec l’anthropocentrisme, en affirmant que nous devons reconnaître à la nature une valeur intrinsèque, indépendante de son utilité pour les êtres sensibles.
Cette position est défendue avec force par le philosophe et militant norvégien Arne Naess (1912-2009), fondateur du courant de l’écologie profonde (deep ecology). Ce dernier n’a pas seulement proposé une doctrine politique ou scientifique : il a forgé une vision du monde – une écologie comprise comme manière d’être au monde. Cette vision oppose l’écologie profonde à ce qu’il appelle l’écologie superficielle (shallow ecology).
– L’écologie superficielle se contente de réduire la pollution ou préserver les ressources pour maintenir les modes de vie humains sans remettre en question notre rapport au vivant, sans s’attaquer aux causes profondes, c’est-à-dire aux valeurs dominantes d’exploitation et de domination de la nature.
– L’écologie profonde, au contraire, cherche une transformation profonde des valeurs humaines et de notre rapport à la nature.
Pour Næss, l’écologie profonde n’est pas donc uniquement politique : elle suppose une transformation existentielle: l’humain doit élargir son “soi” pour inclure la nature, les écosystèmes et toutes les formes de vie. Cette identification implique un changement profond de nos comportements, valeurs et styles de vie.
–> en annexe: les 8 principes de l’écologie profonde (fiche au format A5)
4. La nature comme sujet de droit : de la théorie à la pratique
4.1. Personnes physiques et personnes morales
Nous n’avons pas besoin de croire sérieusement que les montagnes, les rivières et les forêts soient des sujets pour les préserver. En revanche il est possible d’en faire des personnes sur le plan juridique. Dans le droit français, les sociétés commerciales sont considérées comme des personnes, titulaires de certains droits et obligations. On dit qu’elles sont des « personnes morales », par opposition avec les « personnes physiques ». Les « personnes morales » sont des fictions créées à des fins juridiques, capables de passer des contrats, de vendre, d’acheter, d’avoir des dettes et des créances. Ces droits et devoirs juridiques des sociétés sont mis en œuvre par une personne physique, le gérant, considéré comme le représentant de la société. C’est par exemple lui qui est en mesure d’entreprendre une action en justice au nom de la société qu’il gère, lorsqu’un fournisseur n’a pas honoré ses engagements.
4.2. Émergence d’un droit de l’environnement
Dès lors, si nous avons des devoirs envers la nature, l’idée de lui accorder des droits juridiques commence à faire son chemin. Reconnaître un site naturel ou une espèce animale comme personnes morales, dont les intérêts pourraient être représentés par des personnes attitrées ou bien par n’importe quel citoyen, faciliterait leur défense. C’est d’ailleurs le choix fait par la constitution de certains pays comme l’Équateur ou le Guatemala, qui autorise toute personne, peuple ou nationalité à exiger de l’autorité publique le respect des droits de la nature (la constitution reconnaît que la nature a le droit d’exister et d’être en mesure de se régénérer). On reconnaît également la personnalité juridique à des fleuves (le Whanganui en Nouvelle-Zélande, le Gange en Inde).
4.3. Vers une nouvelle éthique planétaire?
Face au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, la question n’est plus purement théorique. Elle appelle :
– une révision de nos modes de vie en matière de consommation, d’alimentation, d’habitat
– un changement de paradigme économique : comment sortir de la logique de croissance infinie?
– une éducation à la nature : comment « reconnecter » les humains à leur environnement?
– des institutions adaptées : peut-on envisager une gouvernance environnementale mondiale?
5. Critiques et objections
–> en annexe
Conclusion
Si la question du respect de la nature et des animaux n’est pas nouvelle, ce n’est que récemment que se posent de manière formelle des questions d’ordre moral et juridiques concernant d’éventuels devoirs envers la nature. La tradition anthropocentrique, nous l’avons vu, refusait d’accorder des droits au nom de la raison et de la liberté humaines, et donc d’étendre la sphère de la moralité au vivant non-humain. Mais l’ampleur des crises écologiques oblige à repenser nos catégories morales.
La question nous force ainsi à repenser ce qu’est un être moral, ce qui a de la valeur, et finalement, qui nous sommes, nous, « humains ». Elle invite à dépasser l’anthropocentrisme hérité des Lumières sans tomber dans un biocentrisme qui nierait la spécificité humaine. Peut-être la vraie question n’est-elle pas de savoir si nous avons des devoirs envers la nature, mais de reconnaître que nous sommes nature, et que la détruire, c’est nous détruire nous-mêmes.
corpus de références contemporaines (à destination des élèves qui souhaitent approfondir le sujet)