
chapitre 5
Philosophie morale/éthique
cours d’introduction
(à faire suivre du chapitre 6)
notion abordée : le devoir
notions connexes : la conscience, la raison, la justice
Définition de l’éthique : branche de la philosophie qui s’interroge sur les questions de morale, sur les notions de « bien » et de « mal », de juste et d’injuste, et plus généralement sur les valeurs et les normes qui guident les conduites individuelles et les décisions collectives…
1. Qu’est-ce qu’un « cas de conscience » ?
C’est un dilemme moral, une situation dans laquelle nous devons faire un choix difficile qui va engager nos valeurs, notre sens du devoir et au final notre responsabilité.
C’est donc une forme de « conflit intérieur » qui se joue face au « juge intérieur » du tribunal de notre conscience et de notre raison morale.
Il conduit souvent à devoir renoncer à son ego et à son intérêt personnel au profit d’autrui ou de valeurs d’ordre supérieur qui semblent nous dépasser et s’imposer à nous (on parlera ainsi de valeurs « transcendantes ») DC: moi / autrui
Ce conflit va ainsi mettre en balance nos désirs et nos devoirs ou nos différents devoirs entre eux, et nous amener bien souvent à faire des sacrifices… –> voir exercice fait en classe
2. Qu’entend-on par « devoir » ?
Quand on aborde la question de la morale, la notion de « devoir » surgit immédiatement : un acte immoral n’est-il pas ce que l’on ne devait pas faire ? Ce qui contrevient à « mon devoir » ? « Devoir » est d’abord un verbe employé dans maintes situations, souvent banales et sans enjeux moraux particuliers (« Je dois tourner à droite au feu » par exemple) ; mais « le devoir » lui, en tant qu’il va engager notre conduite et notre responsabilité, est un concept intrinsèquement lié au problème de la morale.
Le devoir semble s’imposer à nous (à notre conscience) tel un commandement auquel on ne peut se soustraire: « Tu dois… ! Tu ne dois pas… ! », commandement auquel on va pouvoir adhérer et se soumettre, ou face auquel on va se cabrer, tel le cheval qui refuse l’obstacle ! Comme il exige le silence du désir et la soumission de la volonté, se retrouver « face à son devoir » nous est donc bien souvent désagréable, et a priori ressenti comme une forme de contrainte – c’est-à-dire une atteinte à notre liberté par une pression venant de l’extérieur.
Or, comme il est toujours possible de ne pas faire son devoir, celui-ci ne vient pas directement nous ôter notre libre volonté, il va justement venir la mettre à l’épreuve : le devoir est une obligation qui incombe à un sujet libre.
DC : liberté // contrainte
Outre le devoir moral dont il est question ici, il existe des devoirs juridiques, sociaux, professionnels, civiques, religieux… Autant de devoirs auxquels l’individu en société est amené à se conformer (ou pas!). –> voir exercice en classe –> voir feuillet d’exercices : distinction entre nécessité/contrainte/obligation
3. Principes versus conséquences
Lorsqu’il s’agit de décider quelle est « la bonne chose à faire » lors d’un dilemme moral, on est rapidement amené confronter les principes de notre action avec ses conséquences, ce qui engage schématiquement deux grandes conceptions de la morale, selon l’alternative suivante:
Dois-je agir en fonction de règles et de principes qui viennent guider mon action « en amont », ou bien dois-je d’abord évaluer la valeur de mon action « en aval », au regard de ses conséquences possibles?
3.1. La morale utilitariste (conséquentialiste)
voir vidéo YT + cours en pièce jointe (1 page imprimable à la demande)
3.2. La morale kantienne (ou « morale de l’intention »)
voir texte + exercice + approfondissement ci-dessous
Approfondissement sur l’impératif catégorique de Kant
Le premier critère qui permet de déterminer si une action faite par devoir est morale est son universalité : est-ce que je peux souhaiter que tout le monde en fasse autant?
Selon Kant, plus le devoir est universel et s’applique sans conditions (c-à-d de manière absolue, « inconditionnée »), plus il sera observé librement. En effet, seul un être doué de raison comme l’homme peut concevoir un devoir universel, et reconnaître ainsi en lui cette liberté proprement humaine (et rationnelle) de suivre la loi morale, au détriment de ses inclinations sensibles et de son intérêt personnel.
Kant conçoit alors la forme de ce devoir : c’est un impératif catégorique, c’est-à-dire un devoir qui commande absolument à tous les êtres de raison, quelles que soient les circonstances. On le distingue de l’impératif hypothétique comme nous l’avons vu précédemment.
Cet impératif trouve plusieurs formulations dans les Fondements de la métaphysique des mœurs :
Selon les lois : « Agis selon la maxime qui peut en même temps s’ériger elle-même en loi universelle »
– Il pose le principe d’autonomie, d’auto-législation de la conscience morale : je suis maître de moi-même.
– Il invite à se poser la question cruciale : que se passerait-il si tout le monde faisait la même chose ?
– Il implique que le contenu de l’action compte moins que sa conformité au critère formel d’universalité
Exemples de Kant : ne pas se suicider, tenir ses promesses, cultiver ses talents naturels, contribuer au bonheur d’autrui…
Selon les fins : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours et en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
– Il impose le respect de l’humanité en chacun.
– Il impose de reconnaître qu’un être raisonnable, une personne est un « fin en soi », irremplaçable par une autre ; si une chose peut avoir un prix, une personne n’a pas de prix mais une valeur propre, une dignité.
Cette seconde formulation « selon les fins » donne un contenu à la première.
C’est au final le respect (second critère) conçu comme un « sentiment rationnel » qui me fait reconnaître la supériorité de la loi morale sur toute autre influence et qui va fonder la moralité de mon action. Le respect concerne l’humanité en général, il n’est pas l’amour ou l’altruisme qui concerne des individus en particulier.