Comment aborder l’exercice de la dissertation ?

– La dissertation n’est pas une récitation de cours.
– Elle doit refléter « l’exercice de votre jugement réfléchi » et aboutir à la construction d’une pensée argumentée, claire et cohérente
– En philosophie, on ne vous demande pas votre avis, mais vos raisons !
 
– Si on vous pose une question de dissertation philosophique, c’est que vous ne pouvez pas simplement y répondre par oui ou par non, c’est que la réponse « ne va pas de soi » !
– La question est donc par essence « problématique », et c’est à vous de montrer que vous avez compris en quoi la question pose problème, que vous avez « vu » le problème…
– D’où le rôle de l’introduction : transformer la question en problème philosophique, et construire une problématique.
– La question appelle donc une réponse complexe, selon différentes approches, elle est « pluridirectionnelle » si l’on veut… D’où la nécessité de toujours ouvrir au moins une alternative : réponse A ou réponse B ?…
– Pensez aussi à cerner les présupposés : si la question se pose, c’est que… quoi ? Qu’est-ce qu’il faut admettre, ou supposer… ? Rappel : un bon présupposé = idée de première partie
– Votre développement va montrer que vous êtes capable d’argumenter en faveur des différentes réponses possibles, en les articulant logiquement entre elles, soit selon un rapport d’opposition, soit de complémentarité…
– vous pouvez mobiliser des connaissances générales et des exemples variés, pensez à « ouvrir votre esprit » et à décloisonner les savoirs acquis dans les différentes matières…
– les connaissances philosophiques (en cours d’acquisition pour vous) doivent être mobilisées avec pertinence et un certain degré de précision (on ne nomme pas un auteur juste comme ça, au passage, on explique tant que possible l’idée pour laquelle vous faites appel à lui…)

Que devez-vous savoir « faire » ?
–  mobiliser vos connaissances concernant les (17 au final) notions du programme, ce qu’on nomme « analyse conceptuelle » : connaître les différents sens d’une notion et les utiliser pour faire progresser votre réflexion.
– mobiliser des distinctions conceptuelles vues en cours pour construire vos idées (ex : objectif/subjectif, réalité/apparences, liberté/déterminisme etc.)
– connaître les 4 grands types d’arguments et les mobiliser à bon escient.
– enchaîner correctement vos idées à l’aide des bons connecteurs logiques
développer suffisamment une idée, un argument en vous demandant : « mon explication est-elle assez approfondie ? Est-ce que quelqu’un au hasard comprendrait assez bien ce que je veux dire ?… »

Et pour progresser tout au long de l’année, lisez des sujets corrigés ! (sur OneNote, sur des sites de qualité, dans des annales du bac…)

Méthodologie de la dissertation : transformer la question en « problématique »

En philosophie, « problématiser » signifie transformer une question ou un sujet en un problème philosophique, c’est-à-dire en une question qui mérite une réflexion approfondie et critique.
Cela implique de ne pas prendre les concepts ou les idées pour acquis, mais de les examiner sous différents angles pour en révéler les complexités et les implications.
Voici quelques étapes pour problématiser en philosophie :
1. Prendre un point de départ simple :
Commencer par une question ou un sujet qui semble évident ou simple. Par exemple, « Qu’est-ce que la justice ? »
2. Analyser les idées proches et les présupposés :
Examiner les hypothèses ou les idées sous-jacentes à la question. Par exemple, la notion de justice peut impliquer des concepts de droits, de devoirs, d’égalité, etc.
3. Explorer les différentes perspectives :
Cerner la meilleure approche pour traiter la question : morale, politique, épistémologique… ? voir ci-dessous
Considérer ensuite comment différents philosophes ou courants de pensée ont abordé la question. Par exemple, la justice peut être vue différemment par des philosophes comme Aristote, Kant, ou Rawls.
4. Identifier les tensions et contradictions:
Rechercher les points de désaccord ou les paradoxes dans les différentes approches. Par exemple, la justice peut parfois entrer en conflit avec d’autres valeurs comme la liberté.
5. Formuler une problématique, si possible sous forme d’alternative :
Transformer la question initiale en une problématique complexe qui nécessite une réflexion approfondie. Par exemple, « La justice est-elle compatible avec la liberté individuelle ? Ou bien doit-on se résigner à ce qu’une société libre soit nécessairement injuste ? »
 
Problématiser en philosophie, c’est donc transformer une question simple en une investigation complexe qui invite à la réflexion critique et à l’exploration des différentes dimensions d’un sujet.

Les différentes manières de construire un plan de dissertation

En philosophie, le plan est la structure argumentative qui permet de progresser méthodiquement vers la résolution d’un problème. Voici les principales formes de plan :
 
Le plan dialectique (thèse-antithèse-synthèse)
C’est le plan le plus classique en philosophie. Il suit un mouvement de pensée en trois temps :
I. La thèse : vous présentez une première réponse au problème, souvent la plus spontanée ou évidente.
II. L’antithèse : vous montrez les limites de cette première réponse et vous proposez une réponse opposée ou différente.
III. La synthèse : vous dépassez l’opposition en proposant une réponse plus complète qui intègre les apports des deux premières parties. Éventuellement en revenant sur la forme de la question.
Par exemple, pour « La liberté est-elle une illusion ? », vous pourrez dire : oui (déterminisme), non (conscience et choix), puis dépasser cette opposition (liberté comme conquête progressive).
 
Le plan progressif (ou analytique)
Ici, vous approfondissez progressivement votre réflexion sans opposition frontale. Chaque partie enrichit et nuance la précédente. Vous partez souvent du plus évident pour aller vers le plus subtil, du plus superficiel au plus profond.
C’est particulièrement adapté aux sujets notionnels ou aux questions qui demandent d’explorer différentes dimensions d’un concept.
 
Le plan thématique
Vous explorez le problème sous différents angles ou dimensions. Chaque partie traite un aspect distinct de la question. Attention: ce plan est plus risqué car il peut manquer de dynamique argumentative. Il faut vraiment que chaque partie contribue à faire progresser la réflexion globale.
 
Quel que soit le plan choisi, l’essentiel est qu’il réponde vraiment au problème posé et qu’il y ait une progression logique. Chaque partie doit apporter quelque chose de nouveau, et les transitions sont cruciales pour montrer comment tu passes d’une idée à l’autre.
Le plan dialectique reste souvent le plus sûr pour débuter, mais avec l’expérience, vous verrez que certains sujets appellent naturellement d’autres structures.

Méthodologie de la dissertation : les perspectives

Après avoir cerné la ou les notions concernées par le sujet de dissertation ou le texte, il sera important de se demander :
Selon quelle perspective cette notion est-elle envisagée ici ?
Autrement dit, sous quel angle vais-je aborder la question soulevée ?
Voici les trois grandes perspectives à envisager, qui vous permettront de donner à votre réflexion suffisamment de richesse et de complexité :
La perspective existentielle et culturelle
Cette perspective nous amène à nous interroger sur les spécificités de ce qui fait l’humanité, sur la nature du questionnement sur soi et sur la transformation du monde à partir de ces interrogations.
La perspective morale et politique
Cette perspective nous amène à nous interroger :        
sur ce que nous devons faire individuellement, mais aussi collectivement
sur le problème de la liberté et de la coexistence des individus au sein de la société.
sur les enjeux du droit et la justice comme conditions d’une coexistence avec les autres qui permette à chacun de se réaliser.
La perspective épistémologique (=liée à la connaissance)
Cette perspective nous amène à nous interroger sur la nature, la valeur et les limites de la connaissance, notamment scientifique.