Antiquité chrétienne / Moyen Âge / Renaissance
1. Un monde religieux
Le christianisme devient la religion d’État de l’Empire romain à partir de l’an 380. Désormais la plupart des philosophes vont penser à partir de leur religion. On trouve alors des penseurs chrétiens (Augustin, Anselme de Canterbury, Thomas d’Aquin…) mais aussi juifs (Maïmonide) et musulmans (Avicenne, Averroès).
Ces religions, dites religions du Livre, ont au moins deux points communs: elles sont monothéistes et elles reposent sur une révélation, consignée dans un texte sacré (la Bible, le Coran).
Dire que la parole de Dieu est révélée signifie que l’homme ne peut y avoir accès de lui-même, par la seule « lumière naturelle » de sa raison ; l’attitude proprement religieuse face aux vérités révélées est la foi.
2. Philosophie et théologie
La question se pose alors de savoir quel rapport la philosophie basée sur l’usage de la raison peut-elle entretenir avec la foi irrationnelle? Anselme, Abélard et, surtout, Thomas d’Aquin vont s’efforcer de concilier les questionnements philosophiques et religieux.
Globalement, la réponse de tous ces philosophes théologiens est que la foi est première et n’a pas à être justifiée. Mais la philosophie peut la renforcer en montrant selon la raison que le fondement de la foi est vrai. Anselme de Canterbury et Thomas d’Aquin sont ainsi surtout connus pour les preuves de l’existence de Dieu qu’ils ont cru donner.
La philosophie médiévale ne reconnaît donc pas l’entière autonomie de la raison, c’est-à-dire son droit de penser à partir de ses propres normes.
3. La scolastique
Le rationalisme philosophique et théologique du Moyen Âge s’exprime aussi dans le développement, à l’échelle européenne, des universités ou l’on enseigne la scolastique.
La scolastique est une forme rigoureuse de débat qui se divise en trois activités très codifiées: la lectio, c’est-à-dire la lecture et le commentaire des textes faisant autorité (les Pères de l’Église, Aristote…) ; la quaestio, chargée de résoudre les questions d’interprétation née de la lectio ; enfin, la disputatio par laquelle il s’agit d’exposer des arguments «pour» ou «contre» une thèse, mais la confrontation se fait alors non pas par les maîtres devant les élèves, mais entre les maîtres eux-mêmes.
4. L‘humanisme
La Renaissance se caractérise d’abord par l’humanisme, mouvement intellectuel inspiré par la «redécouverte» des auteurs antiques.
Du point de vue philosophique, l’humanisme affirme l’éminente dignité de l’homme et lui redonne une place prépondérante dans l’univers, en réaction contre un Moyen Âge qui subordonnait l’homme à Dieu (d’où l’importance donnée à l’éducation par Montaigne et Érasme notamment).
L’humanisme renoue aussi avec les sagesses antiques: stoïcisme, épicurisme et scepticisme. L’idéal moral deMontaigne,par exemple, n’est pas le dévouement ou le devoir (morale chrétienne) mais réussir à être heureux, ne dépendre que de soi et ne pas redouter la mort (comme chez Epicure, Epictète…).
5. La Réforme
L’autre grand courant de pensée de la Renaissance est la Réforme protestante, avec Luther (1483-1546) et Calvin (1509-1564).
Contrairement à certains philosophes du Moyen Âge, Luther affirme la complète séparation de la foi et de la raison, afin de souligner la supériorité de la foi. La question fondamentale est de savoir comment assurer son salut. Pour y répondre, la raison est impuissante, et l’homme, corrompu par le péché originel, ne peut être sauvé que par la grâce divine.
En même temps Luther condamne l’existence recluse et séparée des moines, et c’est dans les œuvres profanes, notamment dans le travail, qu’on peut aussi servir Dieu. Cette valorisation du travail est un trait caractéristique de la réforme protestante.
6. L‘art et la pensée esthétique
La Renaissance marque aussi une révolution dans l’art.
Le peintre devient créateur de son œuvre ; l’artiste fait la conquête de sa propre individualité et commence à signer ses tableaux.
L’art de la Renaissance, sous l’influence du néoplatonisme, est une recherche de la beauté et des proportions, ainsi qu’une imitation de la nature.
Au XVe siècle à Florence, les peintres inventent la perspective, qui donne l’illusion de la profondeur sur des tableaux qui deviennent alors comme une scène de théâtre, avec des personnages plus expressifs et plus vivants que dans la peinture médiévale.
7. La pensée politique entre réalisme et utopie
Thomas More (L’Utopie, 1516) est le penseur de l’idéalisme politique. Il invente le mot « utopie » («pays de nulle part») en décrivant une île imaginaire dont la société est parfaite, et qui est l’envers idéal de la société anglaise de l’époque.
Machiavel (Le Prince, 1513), tout au contraire, est le penseur du réalisme politique. Le problème politique majeur est selon lui celui de la stabilité et de la longévité de l’État: comment prendre le pouvoir et le conserver? Morale et politique seraient ainsi indépendantes l’une de l’autre. Machiavel fut en cela le premier penseur de l’État moderne, autonome et désacralisé.
Quelques grands noms:
Augustin d’Hippone (354-430) Anselme (1033-1109) Averroès (1126-1198) Thomas d’Aquin (1225-1274) Guillaume d’Ockham (1285-1349) Maïmonide (1135-1204) Pic de La Mirandole (1463-1499) Machiavel (1469-1527) Erasme (1496-1536) Montaigne (1533-1592)