la Grèce antique

1. L’invention de la philosophie

Le discours rationnel (du grec logos : discours, raison) né en Grèce, entre les VIIe et VIe siècles av. J.-C.

Les premiers philosophes (appelés « présocratiques » : Thalès, Anaximandre, Héraclite…) proposent d’expliquer l’ordre et la formation du monde sans invoquer des explications surnaturelles (les traditionnelles mythologies),  mais en recourant à des principes naturels (l’eau, l’air, le feu, la terre : les « quatre éléments »). Ces premiers théoriciens de la nature (physis en grec) s’efforcent ainsi de remplacer la « volonté des dieux » par des mécanismes naturels, afin d’expliquer les phénomènes matériels et humains. Ainsi apparaissent les premières cosmologies.

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La vision de l’homme et de la société se rationalise également, en particulier grâce à la démocratie athénienne qui se développe à partir du Vème siècle av. J.-C. : les lois sont décidées par les citoyens et les délibérations à l’Assemblée se substituent à l’argument d’autorité.

C’est à cette époque qu’apparaît Socrate. Contrairement aux « maîtres de vérité » de la Grèce archaïque et religieuse, Socrate ne prétend pas enseigner un savoir « tout fait » mais d’abord l’idée d’être conscient de son ignorance. Il devient ainsi le symbole de cette nouvelle forme de pensée qu’on nomme philosophie : reconnaître que les problèmes précèdent les solutions et que celles-ci sont le résultat d’une interrogation critique et d’une recherche.

Les dialogues de Platon (le plus fameux disciple de Socrate) expriment cet aspect essentiel de toute philosophie : la vérité dépend des raisons et des arguments qu’on avance. Elle n’est ni une vérité révélée ni un dogme, et la raison doit dorénavant remplacer les rapports de force ou de séduction.

Ensuite vient Aristote (disciple de Platon) qui invente la logique, une discipline qui permet d’établir les fondements de la rationalité du discours. La logique aristotélicienne se présente comme une théorie du raisonnement formel (la syllogistique) : elle fournit les règles en vertu desquelles on peut raisonner correctement et éviter ou démasquer les sophismes ou arguments non valides ; et elle est aussi une théorie de la démonstration et de la connaissance scientifique.

2. Le problème du savoir

Problème : le monde est constitué de phénomènes (« ce qui apparaît à nos sens ») qui sont relatifs et changeants. Mais la vérité doit être définie par sa permanence et son universalité. Comment est-il possible alors de tenir un discours vrai? Cette question a reçu dans la philosophie grecque deux types de solutions :

– la solution phénoméniste et relativiste représentée par Protagoras d’Abdère et les sophistes, puis reprise par l’école sceptique (fondée par Pyrrhon d’Élis au IIIe siècle av. J.-C.) : il n’y a que des phénomènes, il est donc impossible d’atteindre une vérité objective valable pour tous.Ainsi Protagoras peut-il affirmer que « L’homme est la mesure de toutes choses » – formule que Socrate interprète comme signifiant que la vérité est relative à chacun : « Telle m’apparaît chaque chose, telle elle est pour moi, et telle elle t’apparaît à toi, telle à nouveau elle est pour toi ».

– la solution platonicienne ou théorie des Idées : Platon, qui dénonce le relativisme de Protagoras, invite à distinguer fondamentalement l’opinion (changeante et relative) de la science (une et immuable). Les phénomènes ne peuvent être des objets que pour l’opinion, pas pour la science. Il existe donc un autre monde que le monde sensible, un monde extérieur et supérieur (transcendant) : le monde intelligible ou monde des Idées (l’essence des choses), et seule la connaissance des essences est objet de science.

Aristote a critiqué la théorie des Idées de son maître Platon. Selon lui cette immuabilité et cette nécessité de la vérité ne sont pas à rechercher dans un monde intelligible séparé mais dans la forme des objets. En d’autres termes, ceux-ci ont bien une essence, mais elle n’existe pas à part. Elle leur est immanente (et non pas transcendante). En outre, Aristote réhabilite le rôle de l’expérience et de l’observation, qu’il juge indispensables à la construction de connaissances de la nature. Cela le conduit, par exemple, à consacrer une partie importante de son œuvre à l’étude et à la classification des espèces animales.

3. Idéal contemplatif et métaphysique

Pour les grecs, la plus haute connaissance est contemplative. Ainsi Aristote hiérarchise-t-il les sciences pratiques, acquises en vue de pouvoir agir sur le monde, et les sciences théoriques, c’est-à-dire contemplatives ; celles-ci valant mieux que celles-là, car leur but est de satisfaire un pur désir de savoir, de façon désintéressée.

Il distingue en outre trois sciences théoriques : les mathématiques, la physique et la science « des premiers principes et des premières causes » (la métaphysique). Cette forme ultime de savoir s’occupe des réalités au-dessus de la physique (méta en grec : après, au-dessus). Étudier la science des premiers principes et des premières causes, c’est étudier la science du divin (le « premier moteur »).

4. Morale et politique

La philosophie grecque a aussi pour objet les règles de conduite, qu’elles soient privées(la morale) ou publiques (la politique) qu’elle ambitionne de fonder.

«Philosophie» signifie en effet en grec «amour de la sagesse». La sagesse (sophia) est d’abord un savoir, une forme de  «science», mais elle est aussi d’ordre pratique, dans la mesure où la connaissance peut déterminer une éthique et une politique: il faut connaître les normes du bien pour pouvoir agir conformément à lui.

Platon disait en ce sens que « nul n’est méchant volontairement » : le mal ne résulte que d’une ignorance du bien. C’est la raison pour laquelle il souhaitait que ceux qui connaissent la vérité, les philosophes, dirigent la cité (les « philosophes-rois »). La conception platonicienne de la cité idéale est par conséquent hostile à la démocratie, dans laquelle les délibérations sont collectives et résultent non de la connaissance de la vérité, mais d’un vote majoritaire : selon Platon l’intérêt général est une chose trop sérieuse pour être confié au peuple. C’est donc aux meilleurs (aristoï en grec, d’où vient le mot « aristocratie ») qu’il faut confier le pouvoir, non pour qu’ils le confisquent à leur profit, mais parce que leur sagesse (compétence et honnêteté) est profitable à l’ensemble de la cité. Platon admettra néanmoins que si la démocratie n’est pas le régime idéal, elle reste en réalité le moins dangereux.

Cette vocation politique de la philosophie sera confirmée et généralisée par Aristote, pour qui « l’homme est un animal politique », c’est-à-dire qu’il ne se réalise pleinement que dans la cité. Cela signifie que tous les citoyens libres doivent être consultés à propos des décisions qui les concernent – Aristote préconise alors ce qu’il appelle un « régime mixte », où les sages ne gouvernent pas sans un contrôle exercé par le peuple.

Les grandes sagesses antiques que furent, à partir du IIIème siècle av. J.-C, le stoïcisme (ou école du «portique», stoa en grec) et l’épicurisme (du nom de son fondateur Épicure) ont eu tendance à refuser la dimension avant tout politique de l’action humaine (même si, pour le stoïcisme, chacun doit exercer dans la cité la fonction qui lui revient). Mais elles partagent avec Platon l’idée que seule la connaissance peut déterminer l’action. Seule une physique et une logique donnent les clés de la sagesse, c’est-à-dire d’une morale fondée sur la maîtrise des passions et la recherche du bonheur.

La vie heureuse est d’ailleurs le but de toutes les philosophies morales de l’Antiquité. La différence sur ce point entre Platon ou Aristote et les sagesses épicuriennes et stoïciennes est que celles-ci ne voient pas dans la politique la condition du bonheur, lequel implique plutôt un repli sur soi.

L’épicurisme et le stoïcisme eurent une grande influence sur la vie intellectuelle de la Rome antique. Lucrèce fut, au Ier siècle av. J.-C., une figure importante de l’épicurisme romain, et les noms les plus connus de la philosophie stoïcienne appartiennent à la période de la Rome impériale des Ier et IIème siècles de notre ère : Sénèque, Épictète et l’empereur Marc Aurèle.

Quelques grands noms:

Platon (vers 420-340 av. J.-C.), Aristote (384-322 av. J.-C.), Épicure (341-270 av. J.-C.). Cicéron (106-43av.J.C.), Lucrèce (vers 98-55av. J.-C.), Sénèque (vers4 av. J.-C.- 65 apr. J.-C.), Epictète (vers 50-vers 125), Marc Aurèle (121-180), Sextus Empiricus (IIe siècle- IIIe siècle), Plotin (vers 205-270), Augustin (354-430).