1. La « découverte » de la conscience
L’œuvre de Descartes est centrale durant ce siècle et ses thèses, acceptées ou contestées, seront des références pour bon nombre de philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles. L’apport fondamental de Descartes à l’histoire de la philosophie est la «découverte» du sujet. Celui-ci bâtit en effet tout son système sur une certitude inébranlable, celle du sujet pensant: «je pense» (cogito en latin). Il est ainsi le premier à accomplir ce que Kant, plus d’un siècle plus tard, appellera une « révolution copernicienne en philosophie» : le sujet est le centre à partir duquel s’organise le savoir. Pour qu’il y ait une connaissance possible, il faut d’abord une conscience.
2. Le modèle mathématique
Au XVIIe siècle s’impose un critère de vérité qui semble insurpassable et dont l’archétype se trouve dans les mathématiques. Les idées mathématiques se présentent comme des vérités claires, distinctes et certaines : qui peut raisonnablement douter que 2 + 2 = 4, que tous les points de la circonférence d’un cercle soient à même distance du centre, etc.? La déduction mathématique, qu’Euclide (IIIe siècle av. JC) avait théorisée dans ses Éléments de géométrie, devient un modèle qui se veut universel et transposable à tous les objets de connaissance. Ainsi Spinoza voulait-il, dans son Éthique démontrer les vérités relatives à Dieu et à l’âme «à la façon des géomètres », et Descartes lui-même envisageait l’idée d’une «mathématique universelle» (mathesis universalis) s’appliquant à n’importe quel objet du savoir.
Toute démonstration repose sur l’évidence de ses premiers principes, nécessairement indémontrables. L’évidence est donc pour un cartésien le premier critère de vérité. Leibniz contestera ce critère, insuffisant du point de vue logique : il vaut mieux se fier aux règles de calcul, qui sont un art infaillible du vrai. Mais le projet de Leibniz reste tributaire de l’idée de mathématique universelle.
3. Une nature désenchantée
Les mathématiques s’imposent dans la science physique elle-même. La révolution scientifique du XVIIe siècle (grâce, entre autres, à Galilée, Descartes et Newton) consiste dans une mathématisation de la nature. Le monde, dit Galilée, est écrit en langage mathématique. Il se réduit à l’espace abstrait de la géométrie d’Euclide. Cette nature mathématisée et rationalisée à l’extrême devient alors un pur objet de connaissance. Le monde perd ainsi son mystère et n’a plus les forces occultes ou les « intentions» que la représentation magique et anthropomorphique de la nature propre à la Renaissance lui attribuait. La nature est dès lors comme une gigantesque machine, intégralement connaissable et maîtrisable. Elle est organisée selon des lois, c’est-à-dire des relations nécessaires et invariables entre les phénomènes, qui rendent ceux-ci prévisibles et même calculables.
4. Religion et libre-pensée
Les philosophes du XVIIe siècle ne sont pas foncièrement incroyants, mais ils refusent, comme Descartes ou Spinoza, qu’une vérité révélée extérieure au sujet puisse être au fondement de la recherche philosophique. Il existe ainsi un lien étroit entre l’avènement du sujet pensant, fondement de la connaissance, et la revendication d’une pensée libre, affranchie de l’argument d’autorité. Aucune institution, Église ou État, ne peut limiter le libre exercice de la raison en quête de vérité. Bien des philosophes sont marqués par les circonstances dramatiques de l’«affaire Galilée » (les thèses du savant italien sur l’héliocentrisme sont condamnées en 1633 par le tribunal de l’Inquisition). Il faut donc affirmer le principe de l’autonomie rationnelle, c’est-à-dire séparer la raison et la foi, la philosophie et la théologie. Elles « ont chacune leur domaine propre, sans s’opposer l’une à l’autre, ne devant pas être la servante l’une de l’autre » (Spinoza, Traité théologico-politique).
Néanmoins Pascal, penseur singulier en son siècle, n’acceptera pas cette proclamation d’autonomie : pour lui, la philosophie ne vaut pas une heure de peine si elle ne vise pas au salut de l’âme, qui est la seule grande affaire de l’existence humaine. La raison doit alors surtout travailler à connaître ses propres limites et à aider l’homme à comprendre la misère où il se trouve sans Dieu (cf. Pensées)
5. Raison et politique
Le monde social et politique est, pour le XVIIe siècle, tout aussi rationnel que le monde physique. Deux types de théorie s’affrontent sur cette question :
– la théorie de la souveraineté de droit divin, soutenue notamment par Bossuet. Dieu apparaît comme le garant de la rationalité de l’univers politique ;
– la théorie du contrat social, qui va progressivement s’imposer, supplanter sa rivale et dominer la fin du XVIIe siècle et tout le XVIIIe siècle. Cette théorie, défendue par Hobbes et Locke, fait définitivement de l’État une institution rationnelle. Il devient le résultat d’une convention librement consentie entre des hommes qu’il faut d’abord envisager comme vivant dans un « état de nature » auquel ils renoncent pour s’engager dans une société politique.
Néanmoins, les conceptions de Hobbes et de Locke sont à bien des égards opposées :
- l’état de nature, pour Hobbes, est un état de guerre généralisée de chacun contre tous, et c’est ce qui pousse les individus à renoncer par le contrat social à leur liberté naturelle pour se mettre sous la protection et l’autorité absolue d’un souverain. Témoin des guerres civiles anglaises, Hobbes fut un penseur de l’absolutisme dans lequel il voyait le moyen de garantir la paix civile.
- pour Locke en revanche, l’état de nature est pacifique et avantageux. Le contrat social n’en est que l’institutionnalisation (rendue nécessaire par l’absence de garanties juridiques dans l’état de nature). Contrairement à Hobbes, le but de l’État institué par le contrat est alors essentiellement de sauvegarder, sous forme de libertés civiles, les libertés naturelles des individus. Mais, au-delà de ces différences, Hobbes et Locke considèrent que l’État est bien une institution par excellence raisonnable dans ses fins et dans son fondement.
Quelques grands noms:
Bacon (1561-1626), Hobbes (1588-1679), Descartes (1596-1650), Pascal (1633-1663), Spinoza (1632-1677), Locke (1632-1704), Malebranche (1638-1715), Leibniz (1646-1716)